"La caméra suit Judith dans les rues de Los Angeles. Récemment divorcée, elle tente de refaire sa vie. Au cours de ses pérégrinations, elle va faire d'étranges rencontres dans le milieu des fanatiques religieux, des laissés-pour-compte du monde urbain, de toutes sortes de gens qui, bien qu'à l'image de son propre échec personnel, lui donneront la volonté de refaire sa vie."
On s'attend donc tout naturellement à l'histoire d'une nana vaguement féministe qui va arpenter les rues de Los Angeles, temple de la consommation et en critiquer les moeurs ambiantes au détour de diverses rencontres de personnages atypiques qui la guideront. Que nenni...La surprise
Le film a été réalisée vers la fin des années cinquantes, ici, l'image est en noir et blanc, les séquences sont longues et enchaînées sans lien, la musique ressemble à Citizen Kane et le personnage centrale ne l'est jamais vraiment. Effectivement Judith McGuire vient de divorcer et a fui à Los Angeles, effectivement elle tente tant bien que mal de vivre sa nouvelle vie de femme libérée et seule, effectivement elle croise plusieurs personnages. Mais jamais on ne l'entend parler avec ces gens. Judith parle avec sa conscience, une voix-off poéte qui nous accompagne tout au long du film. Elle lui raconte ses pérégrinations, ses peines, ses déceptions, ses consoeurs délaissées, sa souffrance.
Et surtout, Judith nous emmnène avec elle dans ce monde de gens isolés, marqués. Le film nous dépeint l'état de délabrement d'une Amérique en pleine mutation consommatrice et individualiste. On découvre les salons de coiffures, les magasins, les bars, la rue, les accidents, les séances de yoga, les terrains de lutte, les soirées où tout ce petit monde évolue et tente de se faire une place dans la société. Ils souffrent, cherchent un échappatoire autour d'un prête guérisseur pentecôtiste venu les délivrer de leurs maux.
Poésie des mots et noirceur de l'image nous font pénétrer dans cette ronde des
fantômes de l'American way of life. Replaçons-nous dans le contexte. Fin des années cinquante, Hollywood se prend une claque avec l'arrivée de la télévision et les nouvelles vagues
cinématographiques qui émergent un peu partout. Les films deviennent des outils politiques, artistiques ou polémiques qui se crééent hors des studios prestigieux et avec peu de moyens. Trois
réalisateurs entrent dans ce ballet, Ben Maddow, Sidney Meyers er Joseph Strick. Ensemble, le trio veut dénoncer ce cauchemar climatisé dans lequel est plongé leur société. Et plus de quarante
ans plus tard, ce docu-fiction a toujours des répercussions, des similitudes. Solitude des femmes modélisées par l'esprit et le pouvoir des hommes, difficulté économique et chômage, souffrance et
déception de l'amour, espoir fou de guérir et trouver une paix intérieure.Le petit plus
Le film est précédé du court-métrage Vétérans du massacre de My Lai de Joseph Strick. Des ex-soldats nous livrent par bouts d'interviews ce qu'ils ont vécu durant ce tragique épisode du conflit vietnamien. Des paroles dures qui racontent le massacre, les viols, la mort, les mines et la folie humaine. Ces prémices du film à venir lui avait fait remporté l'oscar du meilleur documentaire en 1971 et avaient surtout permis de généraliser le mouvement anti-guerre. Pour la première fois, l'Amérique découvrait les crimes de guerre et les dérapages de jeunes soldats ordinaires. Des instants de folie meurtrière qui une fois encore sont toujours tristement présents sur la scène internationale.
On ne comprend pas toujours tout, des passages semblent parfois longs et flottant mais on ressent. Et on ne peut rester insensible après l'avoir vu. A la sortie, on se sent dépassé, dubatif, un peu perplexe mais on a vécu quelque chose.
Dans un mois, Sarkozy se sera
auto-programmé empereur de France, Carla l'aura trompé avec Fillon et tous les deux auront été embastillés, le taux de pauvreté aura atteint les 83% et les Français prépareront une révolution
pour obtenir du pain. Dans un mois, la liberté de la presse française deviendra l'une des plus controversée du monde et je chercherai activement un plan B.